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Après Memento, Batman Begins, Le Prestige, The Dark Knight et d’autres, Christopher Nolan nous en met encore une fois plein la vue, et ce grâce à Inception.

[Pour ceux ne voulant rien savoir du film, je ne vous conseille pas de lire !]


Pour ne pas changer les bonnes habitudes, c’est quand j’ai découvert la bande annonce que je me suis dit qu’il fallait absolument voir ce film. Il y a bien des fois où cela fonctionne, puisque pour le coup je n’ai absolument pas été déçue ! Il m’est venu à l’esprit, comme après avoir vu Shutter Island (Martin Scorsese), que ça faisait longtemps que j’attendais des films de cette trempe, où action, prouesses visuelles et finesse se retrouvent.

Inception exploite le domaine des rêves et de l’inconscient (oui forcément je bave là) en proposant aux spectateurs de super machines à défonce collective, le tout tenant dans une mallette. Les grands bandits sont maintenant relayés au rang de comiques, parce que va voler des informations dans un rêve toi. Il y a désormais les extracteurs, des gens plus ou moins professionnels qui s’insèrent dans les rêves des gens (sur plusieurs niveaux parfois) pour voler des informations, ou pour y planter une idée. Ce dernier mécanisme est appelé l’inception.

Dis comme ça, ça semble simple. Mais en fait non, car il faut coordonner plusieurs choses à la fois : l’architecte, celui qui va construire le décor (qu’il doit entièrement inventer même si chacun peut modifier ce dit décor) ; les projections dans le rêve de la personne que les extracteurs désirent voler (ces projections défendent leur rêveur en cas d’invasion trop visible) ; les défenses (lorsqu’il est entrainé, le rêveur peut automatiquement développer des techniques de défense pour empêcher les extracteurs de parvenir à leur fin) ; le rêveur qui ne doit pas se rendre compte qu’il rêve, sauf si Charles s’en mêle (nan, je ne dirai pas qui est Charles) ; le but à accomplir, le temps imparti et enfin le réveil. Le réveil est un point important, il se déroule lorsque la personne meurt dans le rêve ou lorsqu’une chute est provoquée à l’endroit où les extracteurs dorment (la sensation de perdre l’équilibre est un réveil brutal). En gros, soit vous mourez au niveau -2 et vous vous réveillez au niveau -1, soit on provoque votre chute au niveau -1 pour vous extraire du niveau -2. Je vous ai perdu ? C’est normal. Cela vous est-il déjà arrivé de rêver dans un rêve ? Lorsque vous rêvez, vous tombez au niveau -1, lorsque vous rêvez dans votre rêve, vous atteignez le niveau -2. Là est aussi le défi pour les extracteurs, plus bas ils descendront, plus ils auront de chances que l’inception fonctionne. De plus, il y a la notion de temps. Par exemple cinq minutes dans la vie équivalent à soixante minutes au niveau -1, ces soixantes minutes en valent beaucoup plus au niveau -2, etc (en remerciant la personne ayant notifié mon erreur de temps). Donc oui, il peut se passer beaucoup de temps lorsque tous les participants sont plongés dans le rêve. Sans compter que vous pouvez vous égarer dans les limbes (lorsque le réveil dans le rêve intervient beaucoup trop tôt par rapport à l’action du sédatif qui vous tient endormi), et vous vous réveillerez en gros légume. C’est dit.

Pour en revenir au film, Dom Cobb (Leonardo Di Caprio), ainsi que son équipe composée de personnes aussi talentueuses ; la jeune Ariane (architecte, Ellen Page), Yusef (expert en défonce, Dileep Rao), Arthur (beau gosse utile parce qu’il en faut bien un, Joseph Gordon-Levitt) et enfin Eames (informateur, Tom Hardy), ont passé un accord avec Saito (Ken Watanabe) afin de pratiquer une inception sur Fischer (Cillian Murphy, qui joue l’épouvantail dans Begins, trop classe). Seulement, leur mission est compromise par Mall (Marion Cotillard) qui ne cesse de hanter les rêves de Dom. Oh ! Encore un film où Marion Cotillard joue « la femme de » avec un jeu d’acteur de grosse cruche qui n’exploite à aucun moment son réel talent. Tant pis, elle est belle pour les américains. Ceci dit, l'interprétation est parfaite puisque le casting regroupe un petit gratin, avec un Di Caprio au meilleur de sa forme interprétant un personnage aux frontières de la folie (tiens).

Joseph_Gordon_Levitt

Je fais une petite pause. Sans rire, vous ne trouvez pas que ce gars c’est Ledger junior ? Allez. Parce que j’ai quand même entendu qu’il ressemblait à Keanu Reeves. Il n’y a pas que dans le film que Yusef prodigue ses talents de chimiste !

Bref, le récit principal n’est donc pas si tortueux, mais le tout est bourré d’explications qui elles le sont, de clins d’œil, d’interrogations, de plans, de rêve, d’action et de belles images. Tout ceci plonge irrémédiablement le public dans l'ambiance très travaillée du film (sauf les Téléramaphiles). Seul bémol, la fin nous laisse en suspens, ce qui se voit venir gros comme une maison ; mais au final ce n’est pas si mal fait que ça, c’est cliché sans trop l’être, c’est juste à point.

 

Peut être y aurait-il un autre bémol, le fait que Christopher Nolan vous balance toutes ces explications comme une vérité. Cela fait-il sûrement partie du jeu, d’autant que le plus pervers dans tout cela est qu’il utilise des termes et des procédés tout à fait existants en matière de psychologie clinique. A s’y perdre donc, ce qui peut être un objectif pour Nolan : mettre le spectateur à la place des rêveurs de telle sorte qu’ils en perdent leurs repères. Avez-vous un totem ?

EDIT : on me demande mon avis sur le film (c'est vrai qu'en relisant le tout, je ne le donne pas vraiment), donc hop, c'est parti.

Par rapport à la fin, je la trouve logique étant donnée la grande question que soulève le film : les rêves sont-ils la réalité et la réalité est-elle un rêve ? Donc je la sentais bien venir, mais la manière dont elle est présentée (à l’aide du totem de Mall) est un clin d’œil à tout ce qui s’est déroulé précédemment, ce qui nous amène à nous refaire le film de mémoire en long et en large. En proposant cette fin Christopher Nolan frôle le cliché, mais ça passe assez bien car justement elle reste fonction de la personnalité et de la logique de Dom. Et surtout, de trop nombreux indices sont présents afin de confondre le spectateur dans son interprétation pour en faire un film léger.

Après ça, j’en ai conclu que Dom vit bien dans le vrai, ce pour plusieurs raisons.

La première étant que dans ses rêves le totem tourne indéfiniment sans osciller puisque le rêve est censé être sans défaut (enfin approximativement, du moins les rêves défient les lois de la physique) alors que le réel en est constitué d’une flopée et respecte certaines lois (et je ne parle pas de pataphysique). La scène de fin montre bien que la toupie est bancale. Même si le totem appartient à sa femme, Dom sait à quel moment il tourne non-stop ou s’arrête.

Partant de ce principe, donc que Dom vit au niveau 0, la seconde raison est que Mall et Dom ne sont à aucun moment connectés et endormis hors passé. Ni dans leurs rêves, ni dans la réalité. Donc de quel droit, à part si c’est une projection, Mall interviendrait dans les rêves où Dom est présent en tant qu’extracteur et non pas au niveau 0 (malgré quelques hallucinations que je considère comme relevant du désordre psychologique) ? Lors de ses rêves, logique qu’elle soit présente, d’ailleurs j’aime beaucoup l’image de Nolan par laquelle il explique que les secrets sont représentés par des forts, des coffres ou des souterrains.

Troisième raison, si Dom vit dans un rêve, pourquoi s’imaginer qu’il est persécuté et victime d’un complot de sa propre femme (qui d’ailleurs lui en met une bien belle, et c’est très justifié), ceci l’éloignant de ses enfants ? Dans cette idée (où notre réalité = rêve et rêve = réalité) la réalité deviendrait échappatoire puisque dans ses rêves tout est quasiment parfait, excepté le niveau souterrain. Or, bin c’est pas trop possible, faut arrêter de déconner un peu hein ! Ok, des fois on fait des cauchemars, mais si j’ai bien assimilé le film on peut modeler nos rêves à notre manière, donc quel intérêt à créer un univers chaotique où tristesse règne en maître ? C’est là où on est sensé se demander si finalement Dom n’est pas lui-même victime d’extracteurs ou d’une inception tout au long du film ? Why not. Mais pour lui faire avouer quoi, en vrai. Qu’il a réussi à planter une idée dans l’esprit de sa femme, ce qui l’a tuée ? Pour faire en sorte qu’il oublie sa femme ? Pas mal d’ailleurs, détourner notre attention sur l’inception demandée par Saito pour nous cacher qu’en réalité Dom serait la victime. Quelques éléments confirment que Dom ne peut être la victime, principalement dû au fait que si l’histoire se déroulait dans un rêve, la toupie ne tomberait pas lorsqu’il est à l’hotel, flingue posé contre sa tempe.

Je suis tout à fait d’accord sur le fait que Nolan joue sans cesse avec les doutes que nous avons :

[Sa femme serait-elle une imitation ?]
[Pourquoi Saito se dit-il influent au point de faire changer la situation de Dom, que Mall a créée ?]
[Ariane n’a-t-elle pas un but caché étant donné son aide constante envers Dom ?]
[Tout au long du film, nous n’assistons pas à la catharsis de Fisher mais bien à celle de Dom qui au fil des minutes parvient à tirer un trait sur sa défunte femme]
[Pourquoi les enfants demandent quand est-ce que leur mère va rentrer ?]
[Les déplacements sont trop simplement effectués, comme dans un rêve]

Ce qui pourrait m’amener à penser que Dom fait effectivement  l'objet d’une inception tendant à lui faire oublier sa femme. Qu’il vit toutefois bien dans le vrai, dans le niveau 0, que tout est un coup bien monté. Car n’oublions pas que Miles (joué par Michel Caine) a tout appris à Dom, donc qu’il est logiquement lui aussi très talentueux (et qu’il lui conseille un architecte qui ne cesse de l’aider). Toutefois, reste le point sombre du coup monté par Mall lors de son suicide, le coup de fil magique de Saito ainsi que la phrase des enfants. Ce qui laisserait à penser que Mall imite Saito. Mais quel  serait l’intérêt pour Mall de faire en sorte que son mari l’oublie si elle n’est pas morte ? En plus du coup monté lors de son suicide ? Car celle qui exprime le plus de regrets c’est bien elle « On devait vivre vieux », donc, selon mon interprétation Mall est morte.

 

J’ai le cerveau qui fume, je pars m’acheter des clopes et si entre temps mon cerveau a tenu le coup, promis, j’essayerai d’avancer dans l’interprétation. Avec vos suggestions et vos interprétations, bien entendu !